Photo: N'apprenti sur le beau Loukoum, par moi. Ce fut sa dernière et sans doute sa plus belle randonnée.
Si je laisse aujourd'hui ma plume au profit de ce clavier m'étant si familier, je puis vous assurer que ce n'est point de gaieté de coeur.
Je ne saurai rendre un hommage véritablement conventionnel, je préfère privilégier mon coeur, prompt à s'exprimer en toute sincérité, dénué de tout revêtement finalement informe.
Vous pardonnerez, je l'espère, l'abscence de formules de circonstance.
J'ignore le nombre de larmes qu'un corps puit abriter, mais il est indubitablement un vase à contenance considérable.
La mort est d'ailleurs la plus apte à vider progressivement celui-ci, se délectant du désespoir qu'elle nous afflige en arrachant à son existence un être nous étant cher.
Notre adorable Loukoum s'est en effet envolé galoper vers de nouveaux horizons, là où Baudelaire dirait que "tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté".
Souvenirs et Images figées ont ainsi oppressé mon coeur, le secouant de convulsions atroces pour finalement devenir les lâmes acerrées, le scarifiant impotoyablement de part et d'autre afin d'en extirper une fontaine de pleurs.
Victime innocente de maux soudains et inattendus, ma seule consolation est de songer que notre splendeur pommelée est désormais libérée des entraves du mal.
Nos blessures se referment malgré elles mais notre mémoire sauvegarde tout aussi fidèlement et bien moins douloureusement le souvenir de ces êtres, les vieilles cicatrices se reveillent parfois mais nulle souffrance n'est comparable à celle vécue les premiers jours. Il ne sagit que d'un adieu physique...
Comprennez mes amis, que ce n'est point un simple animal qui m'a quitté, mais un véritable ami...
Merci à mon n'apprenti qui a largement aidé ma mère à soulager notre imposant Loukoum, tandis que j'étudiais, insouciante, en une journée de labeur lycéenne, telle une amie indigne.
Merci aussi à lui pour avoir acueillit si sincèrement les larmes qui perlèrent instantanément mes joues à l'annonce de cette nouvelle macabre.. J'entrevois encore l'image de mes pleurs brûlants qui s'écrasaient sur son torse...
Merci encore à cette même personne hors du commun qui n'eut guère le courage de m'abandonner, si vulnérable, en s'évadant par le train, m'évitant de déverser un torrent d'affliction sur le quai de la gare...haïssable quai...